Actualités  |  Mercredi 25 mars 2026

Le modèle économique suisse sous pression

La Suisse a un problème. Notre pays n’a pas encore vraiment pris conscience de la rupture qui frappe l’ensemble de l’Europe occidentale, dont nous faisons partie. Car nous sommes affectés des mêmes maux et des mêmes conséquences.

Cela va au-delà des effets de la guerre en Ukraine et de la présence de Donald Trump à la Maison-Blanche. La désindustrialisation persistante, la dépendance vis-à-vis des marchés asiatiques, aussi bien dans des secteurs stratégiques que pour des produits de base, c’est le résultat d’années de délocalisations massives et de fermetures d’usines. Souvent alerté, Berne avait une réponse rodée: «Ce n’est pas vital.» À force de ne rien faire, le vital est aujourd’hui engagé. Ce n’est plus seulement une affaire d’économie, c’est une question de société, d’avenir tout court.

Les avertissements se multiplient. Selon Remo Reginold, expert en géopolitique de l’Université de Bâle, ce que nous vivons n’est que la «partie émergée» du bouleversement de l’ordre mondial: «Ce modèle s’effondre. La géopolitique touche donc très concrètement les emplois en Suisse et notre mode de vie. La Suisse n’y échappera pas – et pourtant nous passons à côté de ces évolutions. Si nous ne prenons pas la mesure à temps des bouleversements en cours – et il est peut-être déjà trop tard – notre prospérité est en jeu. Je pense que mes petits-enfants verront une Europe – et donc une Suisse – moins prospère.»

Pour le CEO d’UBS, Sergio Ermotti, qui s’exprimait dans «24 heures», «jusqu’à présent, on nous répétait sans cesse que tout allait bien, qu’il n’y avait rien à changer. Aujourd’hui, nous avons atteint une limite et cela se fait sentir partout. Nous perdons en qualité de vie et en stabilité sociale.» Plus récemment encore, Nicolas Hayek, patron de Swatch, se demandait si nous n’étions pas en train de «sacrifier notre propre industrie, parce que le courage de se battre nous manque».

Quelles que soient nos convictions politiques, nous ne devrions pas négliger ces avertissements. Nous avons besoin d’urgence d’une stratégie globale de protection et de revitalisation de notre économie. Qu’on ne nous parle pas d’un énième groupe de travail qui finirait par accoucher d’un rapport destiné aux oubliettes d’un tiroir. Qu’on nous épargne aussi le discours sur l’amélioration des conditions-cadres, toujours évoquée, sans plus de résultat. Et celui sur la diversification de nos accords de libre-échange, certes indispensable, mais qui ne suffit pas. Investir dans la recherche et l’innovation, c’est bien. Faire en sorte que les start-up qui émergent puissent produire en Suisse au lieu d’être rachetées par des entreprises étrangères serait plus utile. La Confédération doit d’urgence revoir la copie de son laisser-faire hors du temps et du monde actuels.

Olivier Feller
Conseiller national PLR Vaud

Article publié dans 24 heures le 25 mars 2026