Imaginez qu’on vous impose un médecin. Que vous ne puissiez plus consulter celui ou celle qui vous connaît, vous écoute, vous soigne depuis des années. Ce scénario pourrait bientôt devenir réalité. La motion intitulée «LAMal. Assouplissement de l’obligation de contracter», déposée par le conseiller aux États zougois Peter Hegglin, a été acceptée par le Conseil des États en 2024, puis par le Conseil national il y a quelques mois. Celle-ci vise à permettre aux assureurs, sous prétexte d’efficience, de choisir les médecins avec lesquels ils veulent contracter dans l’assurance de base. Et donc de vous imposer indirectement votre médecin.
Le principe de l’obligation de contracter, inscrit dans la loi fédérale sur l’assurance maladie (LAMal) qui régit l’assurance de base, n’est pas anodin: il garantit à chaque personne en Suisse, aisée ou modeste, en bonne santé ou malade, le droit de choisir son médecin, généraliste ou spécialiste.
Dans l’assurance maladie complémentaire, cette liberté est déjà limitée: les assureurs y restreignent le cercle des médecins et des établissements remboursés. Dans l’assurance de base, 70% des assurés ont volontairement choisi un modèle alternatif comprenant des restrictions. Cela existe donc déjà, sur une base libre et consentie. Pourquoi l’imposer à tous?
Rappelons que les personnes domiciliées en Suisse ont l’obligation de s’assurer pour les soins en cas de maladie. Elles représentent donc une sorte de «clientèle captive» pour les assureurs maladie obligatoires. Mais curieusement, ces mêmes assureurs souhaiteraient ne plus avoir l’obligation, eux, de contracter avec tous les médecins. N’est-ce pas contradictoire, d’autant plus que les médecins ne peuvent pas choisir les assureurs avec lesquels ils veulent travailler?
Derrière cette réforme s’annonce en fait une sélection des risques alors que la LAMal interdit de telles discriminations. Les assureurs pourraient privilégier les médecins qui soignent «vite» et «pas cher» au détriment de celles et ceux qui s'occupent de maladies complexes ou chroniques. C’est aussi la continuité des soins qui serait brisée. Pour des centaines de milliers de malades, devoir changer de médecin au gré des contrats d’assurance serait un véritable parcours du combattant.
Et cela arrive alors même que la nouvelle procédure d’admission à pratiquer, entrée en vigueur en 2021 et qui permet aux cantons de limiter, à certaines conditions, l’installation de nouveaux médecins, est encore en phase de mise en œuvre. Voulons-nous vraiment empiéter sur ces nouvelles compétences cantonales en transférant une partie du pilotage aux assureurs et rendre ainsi le système de santé encore plus illisible et incontrôlable?
Ne nous y trompons pas. Le libre choix du médecin n’est pas un luxe. C’est une garantie de qualité, de continuité et d’équité dans les soins. Un droit que nous devons continuer de défendre. N’en déplaise à la majorité du parlement.
Olivier Feller
Conseiller national PLR Vaud
Article publié le 4 février 2026 dans 24 heures