Actualités  |  Mercredi 25 février 2026

Argent liquide: oui à la liberté, non au flou

Le 8 mars prochain, nous voterons sur l’initiative populaire «L’argent liquide, c’est la liberté» ainsi que sur le contre-projet direct élaboré par le Parlement fédéral. Les deux textes visent à inscrire dans la Constitution fédérale l’obligation d’approvisionner notre pays en argent liquide.

L’initiative pose une question essentielle: quelle place l’argent liquide doit-il occuper en Suisse? La situation est paradoxale. Si les paiements numériques ont fortement progressé au cours des dix dernières années, une large majorité de la population demeure très attachée à l’argent liquide. Cet attachement n’a rien d’anecdotique. L’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays, ne recommande-t-il pas aux ménages de conserver en permanence de l’eau potable, des denrées alimentaires de base, une radio à piles, des bougies… et de l’argent liquide? Car l’indisponibilité des moyens de paiement numériques n’a rien d’un scénario théorique: une panne d’électricité, une cyberattaque – pour ne pas évoquer des événements plus graves – peuvent rapidement paralyser les transactions par voie électronique.

Le problème réside dans la formulation de l’initiative. Celle-ci prévoit que la Confédération veille à la disponibilité d’argent liquide «en quantité suffisante». Mais que signifie cette notion? Qui, concrètement, serait chargé d’en décider au niveau de la Confédération? Le Conseil fédéral? L’administration fédérale? Une telle rédaction ouvre la porte à des interprétations problématiques et pourrait, suivant les circonstances, fragiliser un principe fondamental: l’indépendance de la politique monétaire. La question est loin d’être théorique, à l’heure où dans plusieurs pays – comme la Turquie ou les États-Unis – des gouvernements tentent d’influencer les autorités monétaires pour des motifs politiques.

L’initiative mentionne par ailleurs que la monnaie suisse est le franc suisse. Comme s’il pouvait exister une confusion avec d’autres francs, par exemple togolais ou ivoirien. Or, sur nos billets de banque comme dans la Constitution fédérale dans sa version actuelle, seule la notion de «franc» apparaît.

Le contre-projet poursuit le même objectif que l’initiative mais avec davantage de précision et de cohérence. Il propose de transférer dans la Constitution deux dispositions déjà prévues par la loi: celle qui mentionne que la monnaie suisse est le franc d’une part et, d’autre part, celle qui prescrit que la Banque nationale suisse (BNS) est chargée d’assurer l’approvisionnement en numéraire – le «Bargeld» de la version allemande, autrement dit l’argent liquide. Il est essentiel que cette compétence demeure clairement attribuée à la BNS, dont l’indépendance constitue un pilier de la stabilité et de la prospérité de notre pays.

Le PLR vous recommande dès lors de rejeter l’initiative et d’accepter le contre-projet direct. Et si le peuple et les cantons devaient approuver les deux textes, il vous invite à privilégier le contre-projet.

Olivier Feller
Conseiller national PLR Vaud

Article publié dans Vaudois! le 25 février 2026