La mobilité est un enjeu économique

La mobilité : un enjeu économique, c’est le thème abordé sous toutes ses coutures lors de la sixième édition du Forum de l’économie de La Côte qui a réuni récemment 280 acteurs de la région à Morges. La mobilité a toujours été un enjeu économique, on pourrait même dire un enjeu vital. Il suffit d’évoquer l’importance, dès l’Antiquité, de la route de la soie et des épices, ou le rayonnement international, en plein Moyen Age, des foires de Champagne où les marchands flamands et italiens venaient échanger leurs produits. Les moyens ont certes beaucoup changé depuis lors. La grande navigation maritime, les chemins de fer, les véhicules automobiles, l’avion, ont considérablement augmenté la vitesse de nos déplacements et nos capacités de transports en nombres et en volumes. Mais les principes et les résultats sont restés les mêmes.

Le développement suit les axes de transports qui permettent des échanges efficaces et facilitent la concentration des activités humaines. Selon la théorie économique, trois facteurs agissent en fait l’un sur l’autre de manière permanente. Et en boucle. La division du travail, qui augmente la productivité et l’innovation, stimule les échanges qui appellent à leur tour le développement des transports et des communications. Pour le dire simplement, des échanges plus faciles font des échanges plus intenses, et des échanges plus intenses font plus de richesse.

La mobilité est un facteur-clé de la réussite de l’économie suisse. Parmi les éléments cités par les entreprises internationales qui viennent s’installer en Suisse (la formation de la main-d’œuvre, la stabilité politique, une fiscalité mesurée), la qualité de nos voies de communication est souvent mentionnée comme un atout supplémentaire de notre pays. Le rail et la route sont les artères de notre vitalité intérieure. La Suisse, en particulier sur le Plateau, ressemble de plus en plus à une grande cité-jardin. Dans ce contexte, il est vital que la circulation des personnes et des biens reste fluide entre les différents pôles urbains, mais aussi à l’intérieur même des agglomérations, entre leur centre et leurs périphéries. Le réseau intra-urbain est devenu une composante indispensable du bon fonctionnement de la mobilité générale.

Pour que cette mobilité conserve son rôle moteur dans notre économie, il faut simultanément répondre à l’augmentation réelle des besoins, réduire dans toute la mesure du possible le trafic pendulaire, et assurer le juste équilibre des transports publics et privés. Sacré défi économique et technique, formidable enjeu social et environnemental.

C’est ce que les regards croisés des différents intervenants au Forum de l’économie de La Côte ont largement souligné en mettant en évidence la complexité des problèmes et l’urgence des solutions.

« Route ou rail? Pour Vincent Kaufmann, professeur de sociologie urbaine et d'analyse de la mobilité à l’EPFL, il faut arrêter avec ce débat qui est de toute manière biaisé. Certains pensent que si on est pro-route, on est de droite, et si on est pro-rail on est de gauche. Alors que nous sommes tous des multimodaux ».

Cela ne veut pas dire qu’il faille négliger ce qui peut contribuer à diminuer le trafic routier. Sébastien Jacquet, directeur de la logistique en Suisse romande de la Coop, qui alimente 800 points de vente en Suisse romande, a par exemple montré comment l’entreprise a développé depuis 2011 le transport par le rail entre ses différentes centrales de distribution nationales et régionales. Les marchandises sont transportées dans des caisses mobiles jusqu’au Railport le plus proche avant d’être chargées sur des wagons. Au Railport d’arrivée, les caisses sont acheminées par la route jusqu’aux points de vente. Outre l’effet positif sur le climat, il est ainsi possible de réduire le trafic sur les autoroutes ».

De son côté, Steve Salom, directeur général d’Uber Suisse romande, a rappelé que « 4 millions de voitures sont sous-utilisées en Suisse. Elles transportent 1,4 passager en moyenne et sont garées 23 heures par jour. Le but stratégique d’Uber, c’est d’éliminer cette absurdité en proposant des prestations de transport individualisé à bas coût ». Quant à Michel Joye, directeur des Transports publics lausannois, il a montré à quel point les entreprises semi-publics de transports collaboraient entre elles et modernisaient régulièrement leurs prestations notamment en matière d’achat des billets.

Le Forum a ainsi mis en exergue les deux écueils opposés que notre société doit  éviter. Le premier risque, l’asphyxie par overdose, a été ciblé par Vincent Kaufmann : « L'accélération du quotidien, cette frénésie, cela va nous conduire à un burn-out généralisé. Ce n'est pas durable au sens écologique et social ». L’autre risque, l’asphyxie par blocage, a été dénoncé par la conseillère d’Etat Nuria Gorrite : « A peine veut-on planter un clou dans ce pays, a regretté la cheffe du Département des infrastructures et des ressources humaines, par exemple pour construire un tram entre Renens et Lausanne, que l’on doit faire face à 130 oppositions. » C’est pourquoi elle a vivement appelé « à renouer avec l'esprit d'entreprendre ».

Olivier Feller
Conseiller national, président du Forum de l’économie de la Côte

Article publié dans L’AGEFI du 29 mars 2016

Mardi 29 mars 2016