L'avenir maintenant

Illustration

Par Olivier Feller
Préface de Philippe Pidoux
Editions de l'Aire, septembre 2007
208 pages

Présentation du livre

«L'avenir m'intéresse parce que c'est là que j'ai l'intention de passer mes prochaines années.» C'est en rappelant ce trait d'humour de Woody Allen qu'Olivier Feller ouvre ses réflexions sur les principaux piliers de la Suisse de demain: la cohésion sociale, la sauvegarde de l'environnement, la nouvelle croissance, la cohérence politique.

Le sort de la planète Suisse est enviable. Mais notre pays prépare mal une partie de sa jeunesse qui part à la dérive. Il est menacé par la pénurie d'énergie et le réchauffement climatique. Il a tendance à s'installer dans le confort alors que des forces profondes mettent en péril sa prospérité.

Si nous voulons faire face aux défis qui nous attendent, il ne faut pas seulement prendre le parti du climat. Il faut aussi prendre le parti de la formation, du progrès scientifique, de la croissance économique. Parce que seule la croissance nous permettra de créer des emplois, de lutter contre la pauvreté, d'assurer l'égalité des chances, de promouvoir les nouvelles technologies nécessaires à un véritable développement durable.

Nous avons trop longtemps opposé l'économie et l'écologie. Olivier Feller annonce le temps de «l'écolomie», dans laquelle il faut investir massivement pour que la Suisse en devienne un pays précurseur.

En mettant son engagement à l'épreuve d'une vision cohérente, Olivier Feller nous invite à partager son goût de l'avenir.

Quelques extraits du livre

2007, un tournant
J'ai le sentiment que 2007 (…) marque en effet un basculement décisif dans la prise de conscience des problèmes majeurs de notre société. Aujourd'hui, avec les menaces sur notre approvisionnement en énergie et le réchauffement climatique, tout le monde admet qu'il y a un défi considérable à relever. La génération à laquelle j'appartiens est née avec le problème majeur qu'elle aura à résoudre. Les premières réflexions sur l'avenir de la planète et le début de la prise de conscience qui se concrétise aujourd'hui datent en effet des années 70 et de la première crise du pétrole. (page 14).

Prendre seulement le parti du climat, ce n'est pas répondre à la nécessité d'un développement durable. Car il faut aussi prendre le parti de la croissance, pour répondre à l'augmentation de la population et aux besoins qui vont avec, pour assurer le plein emploi et les énormes investissements nécessaires au développement des énergies renouvelables, des transports publics, etc. (page 14).

L'avenir de la jeunesse
La Suisse prépare mal l'avenir d'une partie de sa jeunesse. (…) Nous devons faire face à deux problèmes graves: la dérive de jeunes de plus en plus jeunes dans la violence et la plongée dans l'assistance sociale d'adolescents sortis de l'école obligatoire sans formation valable. Alors que l'Etat est le garant de la sécurité et de la vie en société, il tend à devenir le symbole de l'impuissance publique. (page 17).

La banalisation de tout
Avec l'angélisme qui a voulu faire de l'école un lieu de vie «sympa», où l'effort et la concentration sont relégués à l'arrière-plan de l'obligation d'ambiance «cool», nos collèges risquent de devenir des laboratoires de la haine. Le vocabulaire ordurier utilisé dans les préaux, sur les blogs, exprime une absence totale de respect des personnes et un mépris sans borne pour les femmes réduites au rôle d'objet sexuel. (page 25).

Tout excuser, tout comprendre
Une forme de psychologisation excessive des comportements conduit à transformer tous les casseurs et tous les agresseurs en victimes de la collectivité. Un dessin du caricaturiste Chappatte, reproduit dans Le Temps, traduisait bien cet excès. On y voit un bus en flammes dans une indéfinissable banlieue. Un quidam brandissant un téléphone portable s'adresse au pompier en train d'essayer d'éteindre l'incendie. «Les sociologues arrivent d'une minute à l'autre», lui dit-il. (page 26).

Actions combinées: prévention, éducation, sanction
Si nous voulons éviter la spirale du sentiment d'insécurité d'une bonne partie de la population, du sentiment d'impunité des délinquants et du sentiment d'impuissance de tous les acteurs de la société pris individuellement, il nous faut reconstruire. Comment? En combinant la prévention, le retour à l'éducation citoyenne et la sanction des dérives. Aucun de ces volets ne sera efficace à lui tout seul. (page 26).

Faciliter la plainte
Une prévention efficace ne peut se développer que lorsque les éléments perturbateurs sont mis sous contrôle. Or les victimes hésitent ou renoncent souvent à porter plainte. Les enfants et leurs parents, parfois les adultes directement agressés, ont peur des représailles, ou plus prosaïquement, ne veulent pas engager une procédure qu'ils jugent plus gourmande de temps et d'énergie que fructueuse (page 34).

L'un des blocages du système réside dans le fait que les victimes sont elles-mêmes obligées de porter plainte. Il faudrait que l'école, dont certains élèves ont commis des agressions, puisse elle-même agir en justice, au nom des victimes, sans que celles-ci aient à assumer les démarches de la procédure. (pages 34-35).

L'intégration oubliée
Il ne faut pas prétendre que la criminalité des étrangers est un montage des médias ou de certains partis politiques. Mais il ne faut pas non plus faire l'amalgame entre étrangers et délinquants. La majorité de ceux qui viennent vivre et travailler en Suisse s'y comportent de manière irréprochable et contribuent, par leur labeur, à la prospérité commune. (page 40).

Une mutation fondamentale est en train de prendre corps: la dérive du modèle républicain, laïc, vers un système qui entérine l'existence de communautés. Ce changement s'est opéré très progressivement vers le milieu des années 80 sous couvert de tolérance et de respect d'autrui. L'Etat a partiellement renoncé à jouer le rôle intégrateur qui était le sien auparavant. On a pensé que l'école suffirait à assurer l'intégration des étrangers. On s'est trompé. Il faut maintenant rattraper le retard accumulé. (page 42).

La langue et les valeurs républicaines
La connaissance de la langue et des usages du pays hôte est de plus en plus largement exigée des immigrés en Europe. Après la Belgique et les Pays-Bas, l'Allemagne a introduit une loi sur l'immigration imposant des cours de langue aux étrangers et ses dispositions viennent d'être renforcées. (page 44).

En Suisse, Bâle a montré l'exemple. (…) Tous les nouveaux arrivés sont convoqués à un entretien. C'est l'occasion de leur expliquer ce qu'on attend d'eux et de déterminer leur degré d'intégration. Ils signent ensuite un contrat qui est lié à l'obtention du permis de séjour. Ils s'engagent à suivre un cours d'allemand s'ils ne parlent pas la langue, d'intégration sociale s'ils sont isolés, d'orientation professionnelle s'ils n'ont pas de travail. Appliquée depuis cinq ans, cette méthode porte ses fruits. (page 45).

Le désastre de l'illettrisme
Huit cent mille adultes vivant en Suisse sont incapables de lire et de comprendre un texte simple. Et quatre cent mille ne peuvent pas parler la langue du lieu où ils vivent. L'information parue en été 2006 n'est pas signée par une officine de grincheux. Ce sont les chiffres fournis par l'Office fédéral de la statistique. Les enquêtes de l'OCDE le confirment: 15 à 20% de la population adulte suisse est en situation d'illettrisme, la majorité des personnes concernées ayant pourtant suivi une scolarité de 8 ou 9 ans. (page 48).

L'enquête internationale PISA réalisée en 2003 a montré que la Suisse ne se plaçait qu'au 13e rang des pays de l'OCDE pour les performances des élèves en lecture. Chaque année, une proportion importante des jeunes achèvent leur scolarité obligatoire sans avoir les bases qui leur permettront de se développer et de vivre normalement dans notre société. Car la lecture est la base de l'accès à la culture et à la formation ultérieure, même sur internet, même si l'on remplace les livres par Google et l'encyclopédie Wikipédia. (page 48).

Les lacunes de notre système scolaire sont une aberration humaine et économique. On dépense beaucoup pour produire des chômeurs en puissance, des adultes mal intégrés, mal dans leur peau. Comme l'expliquent tous ceux qui essaient de se sortir de l'illettrisme, le fait de ne savoir ni lire, ni écrire correctement, c'est connaître la honte, être coupé du monde dans lequel on vit, ne pas pouvoir s'exprimer, se défendre, être piégé par la moindre difficulté. (page 49).

Il faut fixer des objectifs simples et clairs
Au lieu de multiplier les dérives pédagogiques coûteuses qui épuisent les enseignants et de jaser sur la dernière réforme des programmes, il convient d'organiser l'école primaire en fonction d'objectifs simples, sur la base d'un socle de connaissances et de compétences que tout élève doit avoir à la fin de la scolarité obligatoire: la langue de base et une langue étrangère, les principaux éléments de mathématiques, à commencer par le calcul de base, les compétences civiques, l'accession à l'autonomie et à l'esprit d'initiative. Dans cet objectif, l'apprentissage de la lecture est prioritaire parce que les difficultés rencontrées dans ce domaine a des répercussions sur les autres matières. (page 53).

Le soutien aux créatifs
Les sciences naturelles et techniques revêtent une importance énorme pour la croissance économique. Actuellement, plus du tiers des ingénieurs actifs dans notre pays sont déjà des étrangers. Bien sûr que l'on peut continuer à recruter des ingénieurs venus de la Chine ou de l'Inde, où ils se multiplient. Mais pourquoi une entreprise de haute technologie s'installerait-elle en Suisse où s'y maintiendrait-elle s'il lui est difficile de recruter le personnel qualifié dont elle a besoin. Il lui sera plus simple de s'installer directement en Asie. (page 61).

Les créatifs – ingénieurs, chercheurs, entrepreneurs, industriels – représentent les technologies de l'avenir. Demain, le savoir sera encore plus qu'aujourd'hui un facteur essentiel de croissance. (page 67).

Le réchauffement climatique, le constat
Ça chauffe! Les activités de l'homme à l'origine des émissions de gaz à effet de serre sont responsables à 90% du réchauffement climatique depuis le début de l'ère industrielle et de son accélération ces dernières décennies. (…) Pratiquement tous les experts s'accordent effectivement sur la responsabilité de l'homme dans cette affaire, ou plus exactement des gaz à effet de serre: essentiellement le dioxyde de carbone, ce fameux CO² (…). Au moins 80% de ces gaz à effet de serre proviennent de la combustion d'énergies fossiles pour le chauffage, les transports et l'industrie. Or, à l'échelle mondiale, les gaz à effet de serre ont augmenté de 70% entre 1970 et 2004 et augmenteront de 25 à 90% d'ici à 2030 si aucune mesure particulière n'est appliquée. (pages 71-72).

L'écologie réparatrice est de loin préférable à l'écologie dénonciatrice. Avec l'écologie réparatrice, on sépare les problèmes et on les résout un par un, comme on l'a fait pour le plomb dans l'atmosphère, les chlorofluorocarbones pour la couche d'ozone, les composés soufrés pour les pluies acides. Avec l'écologie dénonciatrice, on suscite la peur sans rien résoudre. (page 73).

Notre dépendance énergétique
L'Europe est dépendante de la Russie pour 30% de sa consommation gazière, la Suisse pour 10% à 18% selon les estimations. (…) Notre pays est entièrement dépendant en matière de pétrole. Et en ce qui concerne l'électricité, l'indépendance de la Suisse, jusque-là assurée, a pris fin en 2005. (page 78).

Dans cette situation, le développement des énergies renouvelables, profitable à l'environnement, réduit aussi notre dépendance à l'égard de l'étranger et des énergies fossiles, qui sont limitées. Les réserves d'énergie naturelle, et en particulier de pétrole, ne représentent plus que quelques décennies de consommation. (page 79).

Les complexités du problème
Le développement durable représente un changement considérable dans notre conception du temps et de l'espace. Il suppose d'intégrer le long terme et le souci des générations futures dans la conception de l'intérêt général. Et l'espace commun à toute l'humanité, la Terre, dans la conception de l'intérêt national. C'est la prise de conscience que nous sommes dépendants du même système et que toutes les atteintes dont il est victime ici ou là ont des répercussions partout ailleurs. La chose n'est pas facile à concrétiser. Car nous vivons dans un système heureusement démocratique, mais où les élus représentent les électeurs de maintenant avec leurs intérêts d'aujourd'hui, tout en ayant à prendre des décisions qui tiennent compte des générations futures et des habitants des autres pays. (page 85).

Des mesures incitatives
Chaque personne, chaque ménage doit pouvoir gérer sa consommation d'énergie en connaissance de cause. Mais la chose est difficilement réalisable en l'absence d'incitations économiques et d'objectifs précis. Le principe du pollueur-payeur est un moyen d'y pallier. Le consommateur reste libre de ses choix mais il paie d'autant plus qu'il s'écarte d'une attitude respectueuse de l'environnement. A l'image du parti radical, je souscris à ce principe qui permet de «travailler» sur la consommation de chacun. (page 93).

Organiser la complémentarité des transports
Dans une perspective environnementale, ce qu'il faut faire, c'est diminuer les nuisances du transport, non le transport lui-même. Premier constat. Deuxième constat: il ne faut plus opposer les moyens de transport entre eux, mais promouvoir leur complémentarité. Les transports publics ne peuvent pas couvrir correctement l'ensemble du territoire. Même les Verts sont aujourd'hui d'accord avec cette politique pragmatique. (page 103).

Booster les nouvelles technologies
L'une des pistes les plus prometteuses de la lutte contre les causes de la pollution et du réchauffement climatique réside dans une percée spectaculaire des énergies renouvelables et de leur productivité. Un tel avenir n'est envisageable que si les avancées scientifiques et techniques qui se préparent sont soutenues par des investissements massifs. Certaines de ces nouvelles technologies s'annoncent particulièrement encourageantes. (pages 111-112).

Les micro-algues ont un rendement à l'hectare trente fois supérieur à celui des oléagineux comme le colza ou le tournesol. Elles ont aussi l'avantage de se développer beaucoup plus vite. En moyenne leur population double chaque jour. D'où l'idée de les cultiver pour produire du biocarburant. Autre avantage pour l'environnement: alors que les céréales ne peuvent se passer d'engrais et de pesticides, les micro-algues se nourrissent d'azote, de phosphates et de gaz carbonique. On peut imaginer des cultures d'algues arrosées avec des eaux usées agricoles ou urbaines. (…) La France, l'Allemagne, la Chine, l'Espagne, les Etats-Unis, l'Angleterre et le Japon sont déjà dans la compétition pour trouver l'espèce de micro-algues la plus prolifique. (page 114).

Certaines de ces trouvailles mettront du temps à devenir efficaces. D'autres échoueront. Le message d'espoir n'en reste pas moins réaliste. La science a encore un sens et le progrès un avenir. (page 115).

Les contradictions internes au mouvement écologiste
En août 2006, le Tribunal fédéral a rejeté l'opposition déposée contre l'installation d'éoliennes sur les crêtes du Jura neuchâtelois, en soulignant l'intérêt public de cette énergie. Le conseiller d'Etat écologiste Fernand Cuche s'en réjouit. Les opposants continuent de penser que le projet est dommageable. Le plus intéressant dans cette affaire, c'est précisément de voir deux courants écologistes s'affronter, les uns en invoquant la protection du paysage, les autres en invoquant la nécessité de développer les énergies renouvelables. Ce n'est donc pas nécessairement en élisant quelques écologistes de plus que l'on résoudra nos problèmes. (pages 117-118).

Nous avons besoin de croissance
«La croissance, c'est comme le soleil pour le vin: il n'y pas que ça qui compte, il y a le terroir, le cépage, la façon dont vous coupez la vigne, mais, sans soleil, c'est dur de faire du vin.» La première cause de nos maux ces dernières années, c'était la faiblesse de la croissance qui implique chômage pour les individus et déficits publics pour les collectivités. Sur quoi, le tissu social se délabre, il n'y a plus d'argent pour les investissements à long terme et l'innovation. (pages 119-120).

Nous avons également besoin d'une économie florissante pour financer la protection et la préservation de l'environnement. Le problème que nous avons à résoudre, ce n'est pas la croissance, mais le contenu de la croissance. Il faut investir fortement dans les nouvelles technologies permettant de réduire fortement le contenu en CO² de nos activités. Le développement durable passe par une autre croissance. Laquelle? Une croissance qui améliore l'efficacité énergétique et s'accompagne d'une décroissance des gaspillages. Une croissance durable. (pages 120-121).

Vous reprendrez bien un peu de salaire?
Un dirigeant d'entreprise a une responsabilité sociale. Il ne peut ignorer les conséquences politiques de ses actes ni l'effet de son comportement sur l'opinion. Il est trop évident que des rémunérations manifestement excessives nuisent à la crédibilité des milieux économiques. Quand les montants deviennent inexplicables - sauf à prendre comme référence certains salaires tout aussi injustifiés pratiqués à l'étranger - ils ne peuvent provoquer que le scandale. (page 141).

La plupart des patrons et des dirigeants d'entreprises se battent avec énergie et compétence pour gagner des marchés, sauvegarder les marges bénéficiaires, maintenir la capacité d'investir. Le développement des entreprises, la diversité du tissu économique de notre pays, la création d'emplois en dépendent. Il est donc vital que la volonté d'entreprendre, le courage de prendre des risques et des responsabilités soient correctement rémunérés et que cette rétribution tienne compte des résultats obtenus. C'est une condition de notre prospérité à tous. Mais la liberté d'entreprendre ne doit pas être confondue par quelques-uns avec le mépris du bon sens. (page 142).

Les priorités fiscales
Nous ne pouvons pas nous comporter comme si les caisses publiques étaient inépuisables. Si les dépenses sont supérieures aux revenus, la faillite est au bout. Certains rétorquent que ce qui est vrai pour les entreprises ou les ménages ne l'est pas pour l'Etat. C'est faux. La faillite ne se traduit certes pas de la même manière. Mais elle aboutit à un appauvrissement collectif qui s'aggrave d'année en année et conduit à la catastrophe pour les générations futures. (page 144).

Nous avons atteint le seuil au-delà duquel l'impôt pénalise l'impôt car son rendement diminue. Si gagner plus ne vous rapporte rien ou pas grand-chose, vous n'avez plus intérêt à gagner plus et vous arrêtez d'investir ou de vous investir. (page 144).

Non à la hausse des impôts
Malgré les refus populaires répétés, il se trouve toujours des âmes bien intentionnées pour vouloir augmenter les impôts, surtout ceux des autres. C'est une aberration. En matière de fiscalité des entreprises, la Suisse demeure à un niveau raisonnable en comparaison internationale, mais elle n'est plus du tout un paradis fiscal. Presque partout en Europe occidentale, le taux d'imposition des entreprises est à la baisse. (page 147).

La naissance d'une écolomie
En Suisse, les recherches sur l'énergie qui se sont développées après le premier choc pétrolier ont été délaissées dans les années 90, dès que le prix du pétrole est retombé à un niveau très bas. Les montants publics dévolus à la recherche dans ce domaine ont diminué d'environ un tiers depuis 1992. Notre pays y consacre aujourd'hui 160 millions de francs. (…) Cet effort devrait être doublé, triplé, pour donner naissance à un programme national sur l'énergie, avec des axes prioritaires dans les domaines des bio et des nanotechnologies, dont les applications dans les énergies renouvelables sont prometteuses, et dans toutes les technologies écologiques: nouveaux matériaux, économies d'énergie, énergies renouvelables, voiture hybride, pile à combustible, etc. (page 160-161).

Nous avons trop longtemps opposé économie et écologie. Le temps de «l'écolomie» est venu. Il n'y a plus de progrès économique possible si la dimension écologique n'y est pas intégrée. (page 162).

Les mécanismes de la nouvelle croissance
Le monde n'a pas à choisir entre éviter le changement climatique et promouvoir la croissance. C'est en investissant pour lutter contre les causes du réchauffement de la planète qu'il encouragera la croissance. Cette opération gagnant-gagnant est possible. A l'image du prix du pétrole, le prix des autres énergies et des matières premières va inévitablement augmenter. Ces augmentations seront répercutées sur le consommateur avec une incidence variable sur son comportement selon l'ampleur de la hausse et ses revenus personnels. Mais tous les fabricants de produits finis seront concernés dans la même mesure. S'ils veulent disposer d'un avantage sur leurs concurrents, il leur faudra mettre en œuvre des innovations plus économes en énergie et en matières premières. Ce sera l'un des moteurs puissants de l'innovation ces prochaines décennies. (page 163).

Les dysfonctionnements du Conseil fédéral
La discussion sur le blocage de notre système politique est à la mode. Le phénomène n'est pas vraiment nouveau mais il a l'apparence de la nouveauté depuis l'arrivée de Christoph Blocher au gouvernement et la surenchère médiatique à laquelle se livrent les conseillers fédéraux. Pour essayer de faire prévaloir leur point de vue, certains d'entre eux tentent de passer par-dessus le gouvernement en s'adressant directement à l'opinion. Ils recourent au jeu des petites phrases ou aux ballons d'essai, ils multiplient les effets d'annonce pour lancer un débat, inscrire leurs préoccupations dans l'agenda politique. Certains usent et abusent de ce procédé, Christoph Blocher certainement, mais aussi Micheline Calmy-Rey chez les socialistes et Pascal Couchepin chez les radicaux. C'est la politique de l'existence par la présence dans les médias qu'on essaie de faire passer pour l'essence de la politique. (page 165).

Regagner la confiance des citoyens
En Suisse comme dans la plupart des pays qui nous entourent, le discrédit des gouvernants atteint la cote d'alerte. (…) Les citoyens attendent manifestement autre chose que ce qu'ils voient et que ce qu'ils entendent. L'incohérence, le mépris de l'opinion, les promesses non tenues, sabotent la confiance dans les gouvernements et les partis. Les Suisses se plaignent notamment que les politiques promettent davantage que ce qu'ils sont en mesure de faire. (pages 168-169).

La cohérence est le principe même de toute action politique. S'en écarter conduit nécessairement à l'échec. (…) Il faut s'en tenir aux engagements pris et à la réalité. C'est la première condition d'un retour progressif de la confiance que les Suisses ont aujourd'hui perdu. (page 170).

La fracture juridique
L'inaction apparente ou réelle des responsables conduit ceux qui veulent que ça change à passer par des initiatives législatives alors qu'il suffirait souvent d'appliquer correctement celles qui existent. L'inflation des lois et des règlements, qui va s'accélérant, nuit pourtant à leur visibilité et à leur efficacité. Non seulement leur nombre et leur complexité augmentent, mais leur durée de vie est de plus en plus courte. C'est un juriste qui le dit: la fracture juridique menace. La distance s'accroît dangereusement entre ceux qui font les lois ou sont chargés de leur application et l'immense majorité de la population. Le principe fondamental selon lequel «nul n'est censé ignorer la loi» n'a jamais été aussi proche de la fiction. La simplicité des normes est devenue un enjeu démocratique majeur. (page 171).

Pourquoi la politique m'intéresse?
La politique ne m'intéresse pas pour le pouvoir, elle m'intéresse pour l'action au service de principes et de valeurs. C'est pourquoi j'ai écrit ce livre, pour tenter, dans la mesure de mes moyens, d'en faire un projet qui s'insère dans la durée. Un projet qui réponde aux réalités du monde contemporain en même temps qu'aux aspirations de liberté. Un projet qui soit porteur de sens et non porté par des promesses insensées. (page 203).

L'avenir maintenant?
Oui, parce que les changements sont de plus en plus rapides et qu'il nous faudra du temps pour développer les piliers efficaces du développement durable. Parce que le temps perdu menace notre compétitivité et notre bien-être. Parce qu'aucun système organisé ne résiste à l'effondrement de ses ressources et de ses valeurs. (page 204).

Le goût de l'avenir
Il faut que le travail, la création, l'engagement pour une cause soient revalorisés. La Suisse est un combat, un effort de tous les jours. La Suisse n'est pas l'affaire des autres. C'est notre affaire si nous avons le goût de l'avenir. (page 205).