Non, la culture n’est pas un bien superflu

Le Conseil national examinera cette semaine le message du Conseil fédéral sur l’encouragement de la culture. Ce message prévoit de consacrer 1.12 milliard au soutien à la culture pour la période allant de 2016 à 2020.

Certains souhaiteraient réduire ce montant - d’au moins 150 millions - pour faire des économies. Pour Thomas Minder, par exemple, « distribuer de l’argent n’est pas un art, mais c’est visiblement devenu une culture». Slogan bien tourné ? Certes. Argument convaincant ? Loin de là.

A ceux qui évaluent les biens sous l’angle exclusif de leur valeur sonnante et trébuchante, il est bon de rappeler que la branche culturelle emploie plus de 200'000 personnes dans notre pays. Plus de 40'000 entreprises travaillent dans ce secteur, qui représente 4.2% du produit intérieur brut.

A ceux qui sont attachés à une gestion rigoureuse des finances publiques, il faut rappeler que les dépenses prévues pour la culture représenteront, suivant les années, au maximum entre 0.3% et 0.4% des dépenses totales de la Confédération.  

Mais il y a des raisons plus précises de maintenir les crédits proposés par le Conseil fédéral. Si une amputation avait lieu, elle toucherait notamment le programme « jeunesse et musique» conçu pour mettre en œuvre l’article constitutionnel sur la promotion de la formation musicale des jeunes. Cet article a été accepté, en 2012, par plus de 72% de la population suisse et par plus de 75% des Vaudois. Le priver de moyens reviendrait à lui ôter toute substance alors que 20% environ de la population suisse jouent d'un instrument de musique et que 16% pratiquent le chant. Avec ses chorales, ses fanfares, ses orchestres dans tous les registres de la musique, le canton de Vaud témoigne de cette densité de musiciens amateurs et professionnels. Cela paraît tout naturel, comme si la chose allait de soi. Mais si nous voulons conserver cette diversité qui permet d'enrichir la vie d'émotions positives, il faut pouvoir assurer la relève des enseignants et des élèves.

Pour le surplus, ce n’est pas seulement de musique ou d’activités artistiques dont il s’agit mais de culture au sens large. Les soutiens prévus par la Confédération - qui laisse aux cantons et aux communes le premier rôle dans ce domaine - s’articulent autour de trois axes principaux. 1. La capacité à participer à la culture, par exemple par la promotion de la lecture, dont nous avons bien besoin par ces temps d’illettrisme. 2. La cohésion sociale, notamment en favorisant les échanges culturels et scolaires entre les régions. 3. L’encouragement de la création et de l’innovation, notamment dans le domaine du cinéma.

Au slogan de Thomas Minder, je préfère de beaucoup la réflexion d’Albert Camus. « Sans la culture et la relative liberté qu’elle suppose, la société, même parfaite, n’est qu’une jungle.»

Olivier Feller
Conseiller national PLR Vaud

Article publié dans 24 heures du 1er juin 2015

Lundi 1er juin 2015