100'000 VAUDOIS DE PLUS!

En 2030, si rien ne vient bouleverser les prévisions, le canton de Vaud comptera 100'000 habitants de plus. Les projections publiées la semaine dernière par l'Office fédéral de la statistique n'ont pas fait les gros titres dans notre région. L'information a pourtant de fortes implications dans tous les domaines, en particulier dans la perspective d'un développement durable.

Qui dit croissance démographique dit d'abord croissance économique pour maintenir le niveau de vie et l'emploi. Sous cet angle-là, la plupart des spécialistes sont d'accord entre eux. Le taux de croissance actuel, autour de 2%, qui a enfin permis un recul sensible du chômage, devrait se maintenir dans notre pays ces cinq prochaines années, vraisemblablement au-delà. Ce résultat est notamment le fruit de la lutte contre l'inflation et des réformes mises en œuvre dans les entreprises pour augmenter leur compétitivité. Mais il est aussi dû à la faiblesse du franc suisse par rapport à l'euro et à la vigueur de la croissance mondiale. Il reste donc fragile. Il suffirait d'une chute des marchés boursiers, d'un incident géopolitique au Moyen-Orient ou ailleurs, d'un baril du pétrole à 100 dollars pour la remettre en question.

Pour faire face à cette croissance démographique, de nouveaux logements seront également nécessaires. Or, les surfaces bâties ont augmenté de 25% en un quart de siècle en Suisse romande. Si nous voulons préserver les paysages, modérer l'emprise sur la nature, il faudra donc densifier les constructions là où l'on peut construire et, notamment, bâtir plus haut. On assiste d'ailleurs actuellement au retour en ville de la construction de logements et à la multiplication de projets de tours dans les métropoles du pays. Et c'est là que le bât blesse. Car les demandes de certains Verts de limiter l'expansion des zones à bâtir se heurtent aux recours d'autres mouvements écologistes qui s'opposent au bétonnage, comme ils disent, de leur cité. Les difficultés apparues à Genève pour faire aboutir le projet de surélévation des bâtiments existants illustre la complexité du problème.

Cent mille habitants de plus dans le canton de Vaud d'ici à 2030, sans compter la croissance démographique moins forte mais tout aussi réelle à Genève, renforce aussi la nécessité d'accélérer la réalisation de la troisième voie CFF entre les deux capitales lémaniques. Car il faudra au moins 10 ans pour la construire une fois que le projet aura obtenu le feu vert. Le canton de Vaud doit donc proposer d'avancer l'argent nécessaire aux études de cette troisième voie pour débloquer la situation. Certes le conseiller d'Etat François Marthaler n'aime pas que certains le «bassinent» avec cette idée, à commencer par ses amis roses et verts, de Daniel Brélaz à Roger Nordmann. Il invoque toute une série d'arguments pour défendre son inaction sur ce plan. Il n'y a pas de précédent, dit-il. Admettons. Lausanne-Genève n'est pas une ligne régionale. Merci, on le savait. Les CFF et le Conseil fédéral n'ont jamais rien demandé. Et alors? L'enjeu n'en vaut-il pas la chandelle? N'est-il pas permis d'innover quand il s'agit d'une mesure vitale pour l'avenir?

Olivier Feller
Député au Grand Conseil

Article publié dans 24 Heures du 9 mai 2007

Mercredi 9 mai 2007