L'Europe s'enfonce dans le délire du ressentiment

L'Union européenne ressemble à une famille déchirée par des querelles d'héritage. Depuis la crise de 2008, elle s'enfonce dans un débat fratricide. Elle est sur le chemin du ressentiment et de la haine. Asphyxiés par la dette et les déficits, les pays membres de l'Union s'en sont pris d'abord à la Suisse dans la recherche d'un bouc émissaire.

Notre pays a été la première cible des attaques menées micro-battant par de grands esprits franco-allemands, de Peer Steinbrück à Arnaud Montebourg, en passant par Nicolas Sarkozy. L'ancien ministre allemand des finances, qui adore l'argent pour lui-même, rêvait d'envoyer la cavalerie dans notre pays et de manier le fouet pour nous faire rendre gorge. Arnaud Montebourg, aujourd'hui empêtré dans ses promesses de redressement productif, voulait envahir la Suisse et la mettre sous tutelle. Pour sa part, Nicolas Sarkozy a dû se rabattre sur les conférences grassement payées devant des auditoires choisis, la dernière en date, à Londres, étant organisée par la banque américaine Goldman Sachs…     

Après la lutte contre l'évasion fiscale et le secret bancaire, où les critiques avançaient masquées derrière l'argument "moral", ce sont les taux d'impôt et les régimes fiscaux qui sont devenus un motif de guerre économique. Le système fiscal suisse est violemment dénoncé comme étant trop attractif pour les personnes physiques et les entreprises étrangères.

Le malheur veut cependant que plusieurs pays membres de l'Union européenne pratiquent eux aussi le secret bancaire, le Luxembourg et l'Autriche pour ne pas les nommer, et que le système fiscal de beaucoup d'autres ne se montre pas moins favorable que le nôtre. A l'égard des entreprises, par exemple, onze pays de l'Union européenne ont un taux d'impôt maximal très bas, égal ou inférieur à 15%. Qui dit mieux? 

A cela s'ajoute que la Suisse n'est pas la seule à bien se porter sur le plan économique. L'Allemagne aussi fait figure d'îlot préservé dans une Europe en déliquescence. Du coup, les pays membres de l'Union se livrent désormais un combat acharné. Les uns sont sommés de mettre fin à leur secret bancaire, les autres d'augmenter leurs impôts, l'Allemagne de payer pour tous.  

Contre la Suisse d'abord, contre l'Allemagne ensuite, on s'en est donné, on s'en donne à cœur-joie. Après avoir dominé, au demeurant de manière excessive, la politique européenne, l'amitié franco-allemande initiée par Adenauer et de Gaulle a disparu. Paris et Berlin ne sont plus que des chiens de faïence. Le parti socialiste au pouvoir dans l'Hexagone s'en est pris publiquement et personnellement à la chancelière allemande. Dans les rues et les médias d'Athènes ou d'ailleurs, on a même ressorti la croix gammée pour décorer Angela Merkel d'infamie.    

Pendant ce temps, c'est l'Europe qui perd. Au sein de l'Union, la défiance à l'égard de la construction européenne est devenue massive. Dans les trois grands pays fondateurs du Marché commun, en France, en Italie, en Allemagne, la majorité de la population ne faisait pas confiance à l'Union européenne en 2012. Les sceptiques étaient même plus nombreux en Allemagne (61%) qu'en France (56%). En Espagne et au Royaume-Uni, ce sont même les trois quarts de la population qui exprimaient leur méfiance à l'égard des 27. Chaque élection qui passe témoigne de cette évolution. Partout, les eurosceptiques s'installent. Les gouvernements auraient donc mieux à faire que de s'entredéchirer s'ils veulent préserver l'avenir de l'Union.              

Cette cohésion interne serait d'autant plus nécessaire que la vieille Europe, comme certains n'hésitent plus à l'appeler avec condescendance, est en perte de vitesse sur tous les fronts. Déficit, désindustrialisation, chômage, parts de marché, poids démographique: tout affiche des résultats alarmants. Les seules "bonnes" nouvelles viennent des investissements que la Chine, le Qatar ou d'autres pays émergents pratiquent à tour de bras sur notre continent. Et parfois, de la situation économique des deux bêtes noires, l'Allemagne et la Suisse…          

Olivier Feller
Conseiller national PLR Vaud

Article publié dans L'Agefi le 7 juin 2013
 

Vendredi 7 juin 2013