La fable des droits humains

Il était une fois des droits de l'homme devenus droits humains. Ce grand progrès terminologique a été réalisé en particulier grâce à notre conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey…

Mon ironie ne vise pas le thème de l'égalité entre l'homme et la femme. J'admets que tout n'est pas parfait dans ce domaine dans notre pays. Il y a encore de nombreux pas à faire, par exemple pour assurer l'égalité des salaires pour le même travail ou pour promouvoir les femmes dans les carrières universitaires et les conseils d'administration des entreprises. Mais je ne comprends pas qu'on veuille lutter contre les inégalités existantes en laissant s'introduire ou réapparaître dans notre société des inégalités nouvelles ou qu'on croyait d'un autre âge.

Comment peut-on tolérer qu'un habitant de notre pays - le fait qu'il soit Suisse ou étranger ne change rien à mes yeux - puisse publiquement dire que la lapidation, sous entendu de la femme adultère, est "une valeur"? Bien sûr, le même personnage se dépêche d'ajouter que notre société vit sur d'autres bases et que par respect pour notre Constitution il ne demande pas son application en Suisse. Ces propos n'en représentent pas moins une atteinte à la paix publique, au même titre que l'incitation à la haine ou à la discrimination raciale, ethnique ou religieuse réprimée par la loi.

Comment peut-on laisser prospérer sur notre territoire une organisation, le Conseil central islamique de Suisse pour ne pas la nommer, qui se permet d'inviter par deux fois le prédicateur allemand Pierre Vogel, adepte de la violence sur les femmes? Quand on s'étonne de ce choix, le porte-parole de l'organisation joue les candides. C'était "surtout une question de marketing", dit-il. Le marketing de quoi, s'il vous plaît?

Comment peut-on réagir aux mariages forcés aussi mollement que la Commission fédérale des étrangers, qui recommande de ne pas "mettre la différence culturelle sous les projecteurs ni de s'en prendre a priori aux parents en les condamnant"? Bien sûr, il faut veiller à une bonne intégration de tous les habitants, faire de la prévention, informer les adolescents à l'école sur leurs droits, aider les victimes. Mais il faut aussi appliquer les dispositions pénales sanctionnant la contrainte d'une peine qui peut aller jusqu'à trois ans de prison.

Comment certaines associations féministes peuvent-elles prôner la laïcité totale de l'Etat pour que chacun puisse quitter ou critiquer une religion, si c'est pour vous interdire aussitôt d'avoir un avis négatif sur le voile ou la burqa, sous prétexte que vous prenez le problème de la soumission féminine par le bout du foulard islamique?

Il faut être aveugle pour ne pas voir qu'une société parallèle se met en place dans notre pays, peu à peu, mais avec ténacité. Pour le moment, elle s'attache à obtenir des espaces d'autonomie où le communautarisme pourra s'épanouir sous les prétextes les plus divers, au nom de la tolérance et de nos propres règles du jeu démocratiques. Quand elle les aura obtenus, il sera trop tard pour revenir en arrière. C'est maintenant qu'il faut agir.

Olivier Feller
Député radical au Grand Conseil

Article publié dans 24 heures du 23 juin 2010

Mercredi 23 juin 2010