Comment renouer avec une politique économique équilibrée

C'est, paraît-il, la reprise. Du coup, les comportements qui ont failli nous conduire à la catastrophe mondiale refont surface, comme si de rien n'était. Car les violentes secousses de ces derniers mois ont pour origine une surconsommation et des investissements financés par le crédit, dans un climat d'euphorie qui a fait oublier la nécessité de rembourser la dette contractée et d'en avoir la capacité.

La société occidentale pratique la fuite en avant depuis de nombreuses années. Les ménages s'endettent pour financer des biens de pure consommation. Les entreprises ont tendance à l'endettement pour financer leurs investissements, pour racheter des concurrents, et même pour payer leurs actionnaires. Les Etats et les collectivités publiques accumulent les déficits, même en période de bonne conjoncture.

Face à la catastrophe annoncée, les Etats ont encore augmenté de manière massive leur endettement pour éviter l'effondrement. C'était nécessaire, et le pire semble avoir été évité. Mais il va falloir payer la facture. Nous nous comportons aujourd'hui comme l'individu qui tombe d'un gratte-ciel et qui murmure en passant à chaque étage: "Jusqu'ici tout va bien."

Pour comprendre la situation dans laquelle nous nous trouvons, il faut bien voir que le système économique actuel repose sur trois déséquilibres majeurs, qui représentent de sérieux risques pour notre avenir.

Un déséquilibre interne aux sociétés développées, déséquilibre en faveur de la consommation et de l'endettement au détriment de l'épargne sans laquelle l'investissement devient très risqué pour tous les acteurs: ménages, entreprises et collectivités publiques.

Un déséquilibre international qui se manifeste à deux niveaux. Entre les Etats-Unis et le reste du monde, d'une part, puisque malgré la crise, la moitié de l'épargne mondiale est encore prélevée aujourd'hui par les seuls Etats-Unis. Entre les pays développés et les pays émergents, d'autre part, puisque ce sont les pays émergents qui épargnent et qui investissent dans les pays occidentaux, en entrant dans le capital de nos grandes entreprises.

Un déséquilibre intergénérationnel, bien qu'il soit le moins visible. Car si nous nous soucions beaucoup d'un partage équitable des richesses à l'intérieur de la société, nous faisons peu de cas du partage des richesses avec les générations futures.

Le retour à une politique d'équilibre n'est pas facile mais il est indispensable. En 2008, les Etats-Unis ont dû consacrer 6.3% de leurs recettes à rembourser les intérêts de leurs dettes. Ils devront mobiliser 14% de leurs revenus en 2012. La situation est comparable, voire pire, pour la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne, le Japon, etc. Le niveau actuel d'endettement des Etats développés n'a encore jamais été atteint en temps de paix. Si la Suisse n'est pas dans une situation aussi critique, le marasme dans lequel ses partenaires économiques pourraient être plongés pour longtemps ne serait pas sans conséquences pour notre économie et notre niveau de vie.

Cette politique d'équilibre nécessaire repose sur quelques principes impératifs de gestion à long terme.

1. Assurer la transparence de l'information économique à tous les niveaux: ménages, entreprises, Etat. Il y a un gros effort à faire dans ce domaine, non seulement pour les actionnaires et les consommateurs, mais aussi pour les citoyens. Dans notre pays, la confiance a été fortement ébranlée par une succession d'affaires malheureuses, de Swissair à l'UBS. Elle ne sera pas rétablie facilement, et pas aussi longtemps que certains patrons continueront de croire qu'ils n'ont pas de responsabilité sociale, que des rémunérations excessives fixées au mépris du bon sens sont méritées.

2. Favoriser l'épargne, non la consommation à outrance et le surendettement. Dans ce domaine, je suis d'abord partisan de mesures incitatives afin de laisser la plus grande marge possible de liberté aux individus et aux entreprises. On n'obtient pas la croissance, le bien-être, le développement humain par décret. Mais le cadre doit être clairement fixé par le politique. Car une économie ne se développe pas hors sol. Sa réussite dépend d'une situation d'ensemble de la société.

3, Soutenir les activités émergentes, en particulier dans le secteur des technologies environnementales et des énergies renouvelables, sans renoncer à la diversité du tissu économique. Cela veut dire que nous devons avoir un projet de développement durable. On n'en voit guère la couleur.

Un exemple. Il est juste d'encourager les propriétaires à recourir aux énergies renouvelables, en particulier au solaire. Mais cet encouragement doit être accompagné d'un programme d'investissement et de soutien aux entreprises productrices de panneaux solaires dans le cadre d'un projet fédéral d'envergure concernant les énergies renouvelables. A défaut, cette incitation n'est pas favorable à l'économie du pays. Elle favorise simplement la production à bas coûts des pays émergents, Chine en tête. Alors que des entreprises prometteuses dans notre pays, comme Flexcell à Yverdon-les-Bains, ont dû licencier dernièrement.

Olivier Feller
Député radical au Grand Conseil vaudois

Article publié dans Le Temps du 23 octobre 2009

Vendredi 23 octobre 2009