Quand la vérité est traitée comme un secret d’Etat

On reproche souvent aux parlementaires de multiplier les interventions et d’entraver inutilement le travail du gouvernement. Le Conseil fédéral lui-même se laisse aller à le penser. Mais c’est aussi qu’il s’obstine souvent à répondre n’importe quoi aux parlementaires. Parfois jusqu’à l’absurde.

Il m’a fallu persister pendant une année pour que le Département fédéral de l’intérieur finisse par dire la vérité sur la manière dont est gérée la fortune de l’AVS. Ce n’est pourtant pas une bagatelle. Non seulement il s’agit de quelque 35 milliards, mais cette fortune est alimentée par les cotisations des salariés, des indépendants et des employeurs ainsi que par les impôts. En clair, il s’agit de l’argent du peuple.

Quand je demande, en juin 2015, pourquoi une partie de la fortune de l’AVS est gérée aux Etats-Unis, c’est un département outré qui me répond: «Contrairement à ce qu’allègue l’interpellant, la fortune n’est pas gérée aux Etats-Unis mais en Suisse et, pour une partie de celle-ci, par des sociétés de gestion américaines.» Comme j’ai des doutes sur cette réponse, je pose de nouvelles questions en septembre suivant. Et là, le Département de l’intérieur fait marche arrière. Il précise que 14 mandats sont bel et bien confiés à des gérants de fortune basés aux Etats-Unis et à Londres. Mais il s’empresse aussitôt d’ajouter que «l’intégralité de la fortune est conservée en Suisse, à la banque UBS de Zurich.»

Comme je continue d’avoir des doutes, le maître essaie de me faire comprendre - enfin, voyons! - que «UBS agit en tant que dépositaire mondial» de la fortune de l’AVS. «Tous les actifs de cette fortune, y compris les actions étrangères, sont déposés auprès d’UBS.» Punkt Schluss, Herr Feller, y’a rien à voir!  

Coiffé de mon bonnet d’âne, j’ose malgré tout encore une interpellation pour demander dans quels pays la part de la fortune de l’AVS placée en monnaies et en valeurs étrangères est effectivement conservée. Et là, surprise, le 3 juin 2016, le département d’Alain Berset admet enfin la vérité: «La majeure partie des obligations en monnaies étrangères et les actions internationales de pays développés et de pays émergents est déposée dans des banques à l’étranger. Seule une petite partie de ces titres est déposée en Suisse.»       

Autrement dit, près des deux tiers de la fortune de l’AVS sont conservés à l’étranger, au Mexique, en Grèce, à Hong Kong, en Malaisie, etc. Et la gestion de quelque 11 milliards est confiée à des gérants basés à Londres et aux Etats-Unis, de Boston à San Francisco. Ces vérités ont été traitées comme un secret d’Etat, qui n’avait pas lieu d’être, s’agissant de l’argent du peuple. Un peu plus de transparence éviterait d’avoir à répondre à pas mal d’interventions parlementaires…

Olivier Feller
Conseiller national PLR Vaud

Article publié dans 24 heures du 3 novembre 2016

Jeudi 3 novembre 2016