Votation fédérale du 27 novembre 2016: Non aux pannes de courant programmées

L’initiative qui nous est soumise le 27 novembre propose une « sortie programmée de l’énergie nucléaire ». Si c’est bien de cela qu’il s’agit, cette initiative est inutile. La décision de sortir du nucléaire a déjà été prise par le Parlement fédéral en 2011 et le Conseil fédéral a mis au point une stratégie énergétique 2050. Elle prévoit clairement que les centrales nucléaires existantes seront mises hors service à la fin de leur durée de vie technique, en fonction de critères de sécurité, et qu’elles ne seront pas remplacées par de nouvelles centrales. 

La sortie du nucléaire est en cours. La décision d’arrêter la centrale de Mühleberg a été prise en 2015 par ses exploitants et sera effective en 2019. Et un premier paquet de mesures visant à accompagner la sortie du nucléaire vient d’être adopté par le Conseil national. Ces mesures, que j’ai votées, ont pour but de favoriser le développement des énergies renouvelables et de réduire la consommation d’énergie.

Ce que veut l’initiative, ce n’est pas la sortie du nucléaire, mais un arrêt brutal, presque immédiat, de nos cinq centrales. Trois d’entre elles seraient fermées dès l’an prochain, et les deux autres seraient débranchées, l’une en 2024, l’autre en 2029. Dans douze ans et deux mois ! C’est totalement irréaliste. 

Tout d’abord, arrêter complètement une centrale nucléaire ne se fait pas du jour au lendemain. La sécurité constitue une priorité absolue du processus et cela prend du temps. L’arrêt de Muhleberg a été programmé sur quatre ans, et même si l’on peut imaginer que l’arrêt des autres centrales pourrait se faire en un laps de temps plus court, c’est impossible en l’espace de quelques mois.

Même si cela était possible, ce n’est vraiment pas ce qu’il faut faire. L’énergie nucléaire couvre aujourd’hui environ 37% de notre consommation d’électricité. En dehors de l’hydraulique, les énergies renouvelables ne couvrent qu’environ 5% de nos besoins. Il suffit de voir la progression de notre parc éolien pour comprendre que nous avons besoin de temps pour adapter notre production d’électricité. Il y a aujourd’hui 34 éoliennes en service dans notre pays. Depuis 2013, aucune nouvelle installation n’a démarré. L’opposition, à tort ou à raison, des populations concernées par les projets de nouvelles éoliennes rendent les procédures extrêmement longues.

Fermer trois de nos centrales en 2017 nous priverait d’un coup d’un tiers de l’électricité d’origine nucléaire, l’équivalent de la consommation de 1.6 million de ménages. Nous devrions compenser ce trou noir en important massivement de l’électricité. Cette dépendance à l’égard de l’étranger aurait au moins trois conséquences néfastes.

1. Notre approvisionnement ne serait plus garanti, d’autant moins que le réseau de distribution n’est pas assez solide pour assurer l’importation de grandes quantités de courant. Il était déjà à la limite de ses capacités en hiver 2015, selon la Commission fédérale de l’électricité (Elcom). Nous risquerions de connaître des pannes majeures qui perturberaient gravement une société dont toutes les activités, l’économie, les transports, les hôpitaux, jusqu’aux actes les plus simples de la vie quotidienne dépendent de l’électricité et de l’électronique. 

2. L’importation d’électricité nous coûterait cher et peut-être beaucoup plus qu’on ne l’imagine. Il a suffi, au mois d’octobre 2016, de l’arrêt de plusieurs centrales nucléaires en France pour faire bondir le prix de l’électricité en Suisse de 30% en une seule semaine. 

3. Nous importerions du courant d’origine nucléaire - heureusement que les autres continuent d’en produire ! - mais  aussi de centrales à gaz ou à charbon, qui émettent du CO2 et produisent des gaz à effet de serre. Or, si la Suisse veut sortir du nucléaire, elle veut aussi lutter contre le réchauffement climatique, conformément au bon sens et à ses engagements. Ce n’est pas moins important. Sans parler des risques de catastrophes à l’avenir, l’Organisation mondiale de la santé estime que 7 millions de personnes meurent, chaque année, de maladies liées à la pollution de l’air, ce qui en fait le plus grand risque environnemental pour la santé. Les deux objectifs - sortir du nucléaire et lutter contre les émissions de gaz à effet de serre - doivent donc être poursuivis parallèlement, et non l’un contre l’autre.       

Cela signifie que nos décisions doivent être coordonnées, réfléchies, et tenir compte de tous les éléments d’une société complexe. Et que leur mise en œuvre doit permettre une amélioration certaine mais progressive de notre consommation d’énergie et de son approvisionnement. L’initiative va à l’encontre de tous ces principes en voulant précipiter la sortie du nucléaire.

Un autre facteur ne doit pas être négligé. Aujourd'hui, les centrales nucléaires suisses peuvent être exploitées aussi longtemps qu'elles présentent une sécurité irréprochable. Si elles étaient stoppées prématurément, les exploitants demanderaient sans doute des dédommagements à la suite du changement des règles du jeu. Une sortie du nucléaire au son du canon entraînerait des procédures sans fin et des coûts qui se chiffreraient probablement en milliards.

Même en admettant que cela ne se produise pas, l’argent manquerait pour financer le démantèlement des centrales et le stockage des déchets. Aujourd’hui, les exploitants des centrales alimentent chaque année un fonds destiné à payer leur propre disparition et la gestion des déchets. Si l'initiative était acceptée, ce fonds ne serait plus alimenté dès le jour de la fermeture des centrales car les exploitants n'encaisseraient plus aucune recette. Ce sont les collectivités, et par conséquent les contribuables, qui devraient passer à la caisse pour compenser le trou. Là aussi, pour des milliards. 

Tout cela est absurde. Cette initiative relève d’un acharnement fort peu thérapeutique de la part d’un mouvement en perte d’audience électorale. Pour promouvoir une « économie verte », on nous proposait déjà, le 25 septembre dernier, de réduire la consommation de ressources naturelles de 65% d’ici à 2050. C’était le même esprit de rupture brutale, dogmatique, sans lien avec la réalité. Le peuple suisse, à 63%, et presque tous les cantons, ont dit non.

Changer de société en matière de consommation d’énergie, oui, mais de manière progressive, en prenant le temps d’organiser les solutions alternatives. Pas à la hache. Ce sera non le 27 novembre.        

Olivier Feller
Conseiller national PLR Vaud

Article publié dans le Journal des arts et métiers du mois de novembre 2016

Lundi 7 novembre 2016